Gwenaël Boidin est intervenu lors de l’assemblé générale de l’Association des Maires Ruraux d’Ille et Vilaine, le vendredi 9 septembre. Nous vous proposons de retrouver ci-dessous le détail de son intervention introductif au débat sur les états généreux de la ruralité.

En introduction de mes propos sur les territoires ruraux et sur leurs perspectives de développement, je tiens à préciser que l’exercice auquel nous nous prêtons aujourd’hui ne tient pas lieu d’analyse statistique, géographique ou sociologique de ces territoires. Mes propos seront essentiellement issus des analyses que Décision Publique a pu produire au cours des différentes missions que nous avons pu conduire dans le grand ouest.

Je vous propose plus particulièrement lors de mon intervention de répondre aux deux questions suivantes :

  • Espace rural, ruralité et campagne de quoi parle-t-on ?
  • Vivons-nous un deuxième exode rural ?

Espace rural, ruralité et campagne de quoi parle-t-on ?

Afin de définir les espaces ruraux, nous vous proposons de partir de la définition qui en est faite par l’Insee :

« L’espace à dominante rurale, ou espace rural, regroupe l’ensemble des petites unités urbaines et communes rurales n’appartenant pas à l’espace à dominante urbaine (pôle urbains, couronnes périurbaines et communes multi polarisées). » – INSEE, définition

La notion de pôle urbain prend comme critère la densité d’emploi existant sur les territoires. Si l’on se réfère au seul critère de l’emploi pour définir l’espace à dominante rurale, celui-ci n’existe pratiquement plus sur le département de l’Ille et Vilaine (à l’exception du Nord Est et de quelques communes situées à la périphérie de Châteaubriant. Autres critères qui ont pu être usités par l’INSEE pour définir les territoires ruraux, le nombre d’habitants   (seuil de 2.000 habitants) et la notion de continuité urbaine (50% des habitants dans une unité urbaine /architecturale continue).

 

« mal nommer, c’est ajouter au malheur du monde». Albert Camus

Au-delà de nier l’existence des territoires ruraux, ces deux définitions ont pour effet de masquer la variété et la diversité des territoires ruraux. Décision Publique reprend à son compte les travaux réalisés par Valérie Jousseaume (universitaire et chercheuse au sein du laboratoire interrégional sur les ruralités). Cette dernière prend en compte des critères plus pertinents à ceux utilisés par France Stratégie et l’Insee, des critères relatifs à :

  • la densité de services à la population,
  • les paysages,
  • le sentiment d’appartenance à un territoire rural.

ruralité

Nous vous invitons aujourd’hui à vous poser collectivement et individuellement la question de l’identité de vos territoires. A ce qui distingue vos territoires des villes. Cette distinction, elle ne se situe pas uniquement dans un nombre d’habitants mais davantage, à notre sens, dans un sentiment d’appartenance, dans un socle de valeurs et d’aspirations communes à l’ensemble de vos habitants.

Nous vous formalisons ce conseil car de manière paradoxale, nombre de territoires ruraux se rêvent aujourd’hui comme des espaces urbains et à l’inverse des villes se rêvent en territoire ruraux. Cette course à l’urbanité et à la modernité s’est traduite par une perte d’identité pour les territoires ruraux et nos campagnes.

Vivons-nous un deuxième exode rural ?

Dans le prolongement de l’idée d’un retrait progressif des territoires ruraux au profit de l’espace urbain comme en atteste le développement de l’emprise des métropoles de Nantes et de Rennes, plusieurs géographes et statisticiens se sont livrés cet été, une bataille par article interposé, pour savoir si nous vivions aujourd’hui un deuxième exode rural.

Depuis 2008, Décision Publique a  accompagné de nombreux territoires que nous pourrions qualifier de ruraux; nous n’avons pas le sentiment qu’il existe un réel exode rural notamment dans le grand ouest. Si cet exode existe, il n’est pas massif et ne touche qu’un faible nombre de communes d’Ille et Vilaine (11% des communes de moins de 3500 habitants ont perdu de la population au cours de ces 20 dernières années comme l’illustre la carte présentée ci-contre, elles ne sont plus que 4% sur les dix dernières années). Communes concentrées comme nous pouvons le voir sur un espace géographique restreint. Il s’agit généralement de territoires qui subissent encore aujourd’hui les contrecoups des mutations économiques et du déclin de son tissu industriel (agro-alimentaire notamment).

Cette tendance davantage marquée sur les territoires isolés que nous pourrions qualifier de rural profond, ne doit néanmoins pas masquer le renouveau de vos territoires et des communes rurales plus largement. Renouveau qui se traduit par l’installation de nouveaux habitants sur votre territoire (attractivité résidentielle).

L’étude sur les styles de vie réalisée par le cabinet Nielsen récemment confirme cette tendance. En effet un français sur deux aspire à vivre au grand air et à la campagne. Ce pourcentage relativement élevé reflète une appétence pour les territoires ruraux, pour les conditions de vie qu’ils peuvent offrir et pour les valeurs qu’ils peuvent porter. Cela confirme également que l’installation des populations sur les territoires ruraux n’est plus subie (prix d’accès au foncier) mais résulte bien d’un choix de vie.

Ces quelques données permettent également de constater que le développement des pôles métropolitains n’est pas incompatible avec le développement des territoires ruraux bien au contraire, le développement de ces territoires dépendant aujourd’hui l’un de l’autre. Les centres métropolitains ne sont pas en mesure d’absorber l’afflux de nouvelles populations et de se développer sans s’appuyer sur vous. Le projet de métropolisation ne doit pas uniquement relever de choix nationaux ou des élus de la ville centre.

Mais pour cela vous devez être en capacité de construire un projet commun et partagé pour les territoires ruraux bretiliens et affirmer ainsi vos spécificités vis-à-vis des métropoles. Il est utile qu’à votre échelle communautaire ou communale, vous puissiez vous doter de votre propre projet de développement. Vous n’avez pas à subir le développement des métropoles mais vous devez le co-construire avec elles.

Des territoires porteurs d’avenir :

Pour conclure ma démonstration, je tenais à préciser que les territoires ruraux sont à notre sens les plus à même de répondre aux principaux défis de notre société (développement durable, autonomie alimentaire ou énergétique…)… d’accompagner les mutations économiques de notre société (économie de la connaissance, commerce de proximité…).

Pour nous, le plus grand défi que vous aurez à assumer dans les prochaines années sera le suivant : repenser le modèle de développement de vos territoires ruraux (quelles populations, quelles activités économiques, quels services à la population… ?)

Évidemment cela s’ajoute à la nécessité de consolider le bloc communal et le bloc communautaire.