La récente journée du 16 septembre dernier, « rencontres-débats », organisée par la Région Pays de la Loire , la Société Publique Régionale Pays de la Loire en partenariat avec l’Observatoire de la Décision Publique , avait pour objet de présenter une synthèse des travaux engagés sur l’ensemble du territoire ligérien depuis la fin de l’année 2010 et de proposer aux participants d’afficher leurs priorités par rapports aux 48 richesses identifiées.

En prolongement de cette journée, il nous a paru intéressant de nous interroger de façon plus avancée sur les réflexions engagées, sur les concepts mobilisables et sur la vision prospective d’un tableau de bord de pilotage des indicateurs de richesse sur un territoire donné.

En effet, en l’état actuel des travaux et réflexions, on constate certains décalages entre les richesses exprimées. Certaines (par exemple les notions de bonheur ou bien-être) pourraient être utilement positionnées comme des indicateurs de consolidation d’items relevant de l’intégration sociale, du cadre de vie, etc… Ceci induit une deuxième réflexion conduisant à imaginer la construction d’un tableau de bord de pilotage de ces indicateurs inspiré du « balanced scorecard » de Kaplan et Norton (ou tableau de bord prospectif) dont le concept pourrait être parfaitement adapté à la démarche. Rappelons-nous que cette méthode s’interroge sur différents axes de l’efficacité d’une organisation et sur la contribution des différents niveaux à la mesure de l’atteinte d’un objectif ou à la production d’un indicateur.

Prenons l’exemple de l’accompagnement des bénéficiaires du rSa à un retour vers l’emploi, politique publique dont la mise en œuvre est partagée essentiellement par les Conseils Généraux et Pôle Emploi. Les questions peuvent être ainsi posées :

  • En quoi la formation des agents contribue-t-elle à l’amélioration de la qualité de mes processus internes (ex : accompagnement social et professionnel de bénéficiaires du rSa).
  • En quoi l’amélioration de la qualité de l’accompagnement de ces mêmes personnes contribue-t-il à l’amélioration des résultats et de la perception de ces services par les bénéficiaires ?
  • En quoi l’amélioration des résultats en termes d’accompagnement et de sortie du dispositif rSa contribue-t-il à l’atteinte d’indicateurs de satisfaction (pour les bénéficiaires : niveau de vie, insertion sociale,…).
  • En quoi ces résultats contribuent-ils à une meilleure santé des dépenses publiques (pour les institutions : les indicateurs de réinsertion, de réemploi des deniers publics, etc…).

 

On voit ainsi que cette hiérarchie ou cette chronologie des indicateurs (dont le modèle peut être très facilement adapté à l’ensemble des politiques publiques, culturelles, sociales, économiques, de l’enseignement et de la recherche, etc…), permet d’introduire une logique et une chronologie dans les plans d’actions des politiques publiques dans le mesure où l’on perçoit directement des liens de cause à effet entre les différents échelons, même s’ils ne sont pas suffisants.

Un schéma similaire pourrait être appliqué au développement économique du territoire, source de richesse dans tous les sens du terme, en évaluant la contribution des Plateformes Régionales d’Innovation (PRI) à l’accroissement des richesses de la Région Pays de la Loire. Il s’agirait notamment d’identifier les ressources contribuant à ces plateformes (centre de formation et de recherche, institutions, entreprises, etc…) et de mesurer l’impact lié à la progression de leur investissement et de leur efficacité sur des indicateurs de richesses à définir (création d’emplois dans le secteur, création d’entreprises, amélioration de l’environnement, densification des moyens de transport, orientation de la région vers l’international, etc….)

D’où l’intérêt pour les décideurs publics de comprendre ces liens et de mesurer l’impact des uns sur les autres afin d’orienter au mieux l’action publique dont ils sont responsables. C’est également l’un des enjeux de cette démarche qui doit non seulement évaluer les « richesses » du territoire à un instant « T » mais également mesurer la progression des indicateurs dans le temps.

C’est l’objet du deuxième point de réflexion. Les débats du 16 septembre dernier ont été également orientés autour de l’idée de référentiel. A quoi se comparer ? C’est tout l’enjeu d’une démarche de parangonnage (ou de benchmarking). Des interventions ont signalé le caractère incertain d’une telle démarche d’un territoire à l’autre et le danger lié à la tentation de classer ces territoires, de les inciter à une mise en concurrence, selon des critères dont les contenus ne seraient pas parfaitement homogènes. A l’appui de ces réactions, nous estimons en effet les tentatives de comparaison très aléatoires et pas toujours porteuses d’enseignements utiles (à l’exception de quelques indicateurs peut-être). En revanche, c’est bien l’évolution dans le temps de mêmes indicateurs sur un territoire donné qui est source d’informations, de progrès et de motivation pour les décideurs publics et privés. Il s’agit donc là de benchmark interne.

A l’issue de cette première grande étape de réflexion, de mise en commun, de confrontation de points de vue et de recensement des thèmes de richesses, l’équipe de projet va devoir entamer une deuxième étape de construction d’indicateurs qui passera notamment par le classement, la typologie, la formalisation des données et des modes de restitution. Ce travail est essentiel car c’est toute l’image d’une mesure ou d’une évaluation des richesses d’un territoire qui sera projetée. L’emploi et l’interprétation de ces indicateurs devront donc être entourés de la plus grande prudence afin de ne pas dévier de l’objectif premier affiché par cette démarche : le choix d’un projet de société.